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Cesare Capitani: lui, Caravage

Je n’ai pas lu La Course à l’abîme de Dominique Fernandez, qui a inspiré la pièce de Capitani, dans la mise en scène de Stanislas Grassian. Je sais peu de la vie de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit le Caravage, à part qu’il était l’enfant maudit de l’art italien et qu’il est mort assez jeune, dans des circonstances mystérieuses. Je connais ses tableaux, par contre, je les ai même étudiés au lycée, puis à la fac.
Je ne sais pas si la reconstruction de la vie du peintre par Cesare Capitani est fidèle, sinon aux sources historiques (il y en a si peu) du moins au roman basé sur les recherches de Dominique Fernandez. Dans un certain sens, cela n’a aucune importance.
Capitani s’est en effet inspiré du roman, mais il a aussi mené sa propre enquête (lire l’interview publiée dans Focus In n° 6, p. 46), je dirais en premier lieu en regardant les tableaux du maître lombard et ensuite en poussant l’entrée dans le rôle jusqu’au bout. Et alors le nom de la pièce, « Moi, Caravage », prend tout son sens.
L’interprétation de Cesare, mais aussi de Laetitia Favart, qui interprète Mario, l’alter ego du peintre, nous plonge dans l’Italie du XVIIe siècle, où les artistes vivaient grâce à la protection des princes et des hommes d’Église, qui leur commandaient des oeuvres. Or, le Caravage était un rebelle, poussé par la passion de l’art et par la passion tout court, envers les femmes mais aussi les hommes, d’autant plus si marginaux comme lui.
Son grand talent lui fait gagner la protection de quelques personnalités. À certaines périodes, les commandes ne manquent pas, mais c’est plus fort que lui : il prend comme modèles pour les saints et les madones des prostitués et des voyous, il les peint avec leurs ongles sales, sans aucune complaisance pour leurs imperfections si peu célestes. Il doit peindre une pomme ? Il peint le ver avec. Capitani prend ce détail de la Corbeille de fruits (vers 1597) comme métaphore de la vie de l’artiste milanais : une provocation constante, unie à une personnalité violente et insoumise qui le portera à tuer un homme et à devoir fuir pour une grande partie de son bref et tumultueux séjour sur terre.
Le récit est entrecoupé de brefs dialogues avec Mario, son alter ego, avec qui la symbiose est telle que la pièce ressemble plutôt à un monologue à plusieurs voix. Parmi ces voix, celle de Laetitia-Mario, certes, qui chante également, mais aussi la lumière, autre grande protagoniste de la pièce. La mise en scène joue sur un espace plutôt sombre, comme l’étaient les tableaux du Caravage. Les acteurs créent leur propre lumière avec quatre bougies qu’ils n’arrêtent pas de promener sur une scène plutôt vide. Le résultat n’est pas sans rappeler l’oeuvre du peintre, qui, au contraire de Léonard de Vinci avec son sfumato, avait introduit des contrastes très forts, des points de lumières multiples et insolites, et avait fait de la lumière et du noir le noyau de sa recherche artistique.
Ce récit et ces jeux de lumière saisissent le spectateur qui suit avec empathie les moments de gloire du Caravage, ainsi que ses doutes, ses peurs, ses colères, ses amours. Mais ce qui est, d’après moi, le plus étonnant dans cette interprétation est la reconstitution racontée de la genèse des peintures : chaque détail y est intériorisé jusqu’à la pose même des personnages, qui devient celle du peintre face à la vie et à la mort, et celle de l’acteur face à son personnage. Après «Moi, Caravage», les tableaux de cet artiste vous feront un tout autre effet.

Jusqu’au 7 mars au Lucernaire
53, Rue Notre-Dame des Champs – 75006 Paris
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h
Réservations : 01 45 44 57 34

Les 9, 10, 11 mars et les 16, 17, 18 mars
Théâtre de Saint-Maur
- 20 rue de la liberté - 94100 Saint-Maur-des-Fossées

martedì 28 febbraio 2012, di Patrizia Molteni