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Entretien à Vincenzo Consolo

Vincenzo Consolo est considéré, à juste titre, comme l’un des plus grands écrivains de son époque. Sicilien transplanté à Milan, il reste profondément ancré dans sa terre. Entretien à l’occasion du Salon du Livre 2002, alors que l’Italie était invité d’honneur.

Vincenzo ConsoloTous vos livres se déroulent en Sicile, où vous ne vivez plus depuis plus de trente ans. Le Palmier de Palerme raconte même le retour d’un écrivain en Sicile. Quel est votre rapport avec la Sicile ?
Mon rapport avec la Sicile est celui qui lie tout un chacun avec son lieu de naissance et de formation, en particulier pour chaque écrivain, c’est le rapport qu’il entretient avec le lieu de la mémoire.
Pirandello disait que nous sommes les neuf premières années de notre vie. C’est-à-dire ces années pendant lesquelles les signes s’inscrivent en nous de manière indélébile : les premiers paysages que nous apercevons, les premiers sons que nous entendons, les premières odeurs, les premiers goûts, les premières tendresses ou les premières violences dont nous sommes l’objet. Il faut dire que la Sicile, même si je ne veux pas en faire une spécificité, une particularité dont on abuse, possède une telle force et une telle complexité de signes que tous ceux qui ont eut l’opportunité d’y naître ont dû peiner énormément pour tenter de lire ces signes, de les interprêter, de les rationaliser. C’est peut-être pour cette raison que tant de personnes, en Sicile, ont ressenti le besoin d’écrire et que la Sicile a une histoire littéraire si particulière.
J’ai quitté l’île en 68. Je me suis noyé dans cette troupe de transfuges d’une terre excentrique, périphérique, la terre du marasme et du malheur social, avec l’illusion de retrouver un centre, le Centre de quiétude, de rémission. Mais comme tous, aussi bien Verga que De Roberto, Capuana, Brancati, Quasimodo, Vittorini ou Lampedusa, je ne peux me passer d’y retourner, en littérature comme en réalité, avec l’espoir de réussir à régler des contentieux qui ne peuvent que rester ouverts.

Vous employez des formes "typiquement siciliennes" sans pour autant être “dialectales” (à la différence de l’usage que Camilleri fait du sicilien). Pourquoi ?
Le discours sur le langage, le style de l’écriture, de mon écriture, n’est pas un discours simple. Je vais essayer de m’expliquer brièvement. Dès mon premier livre (qui remonte déjà à 1963), je me suis situé dans la lignée des écrivains expressifs, laquelle à partir de Verga pour la littérature moderne et en passant par Gadda, aboutit à Pasolini, d’Arrigo, Meneghello, Mastronardi, Pizzuto. Cette lignée expressive ou expérimentale se dessine en parallèle ou en opposition avec l’autre lignée, celle de la communication, de l’illuminisme, du rationalisme, que l’on peut dater de Manzoni pour l’âge moderne et faire aboutir à notre époque avec Moravia, Morante, Calvino, Sciascia… Pourquoi chez tous ces écrivains un choix différent de champ stylistique ou linguistique ? C’est là le problème. Pour être concis, je pense que les écrivains communicatifs ont cru ou espéré qu’il existait en Italie une société civile avec laquelle communiquer. Les écrivains expressifs n’y ont pas cru ou n’ont pas eu cet espoir et donc, s’écartant d’un code linguistique donné ils ont inventé chacun à sa façon, un code différent et contrastant. En ce qui me concerne, j’ai puisé dans les veines linguistiques riches que la Sicile, par sa stratification historique, conserve dans ses entrailles (le grec, le latin, l’arabe, le français, l’espagnol…) et j’ai greffé, dans le code central, des mots et des formes syntaxiques qui avaient une dignité philologique en plus de leur simple valeur sonore. Le phénomène Camilleri, je le laisse aux phénoménologues.

Le Palmier de Palerme de Vincenzo ConsoloVos livres sont considérés comme "difficiles". Quel est votre rapport avec le lecteur ?
Un auteur difficile, eh oui. C’est presque une marque d’infamie, comme la lettre écarlate du roman de Hawthorne. Difficile pour notre époque de facilité ou de superficialité dans laquelle tout doit être consommé rapidement, et qui élude tout ce qui peut troubler ou faire penser. Mon rapport avec le lecteur est un rapport de respect, de considération pour son intelligence, pour sa culture. Calvino disait qu’il pensait quand il écrivait à un lecteur qui en aurait su plus que lui, c’est-à-dire qui aurait été plus avisé et plus cultivé. Je n’en demande pas tant. Je pense à un lecteur qui aurait la même vision du monde que moi, le même bagage d’expérience, la même patience et la même volonté de comprendre.

Quels sont vos livres de chevet ?
Les livres que je relis sont extrêmement nombreux mais le livre de chevet par excellence, celui auquel je continue à me rafraîchir comme à la source la plus pure est naturellement la Divine Comédie.

Le Salon du Livre est en train de se transformer d’un événement culturel en une polémique politique. Qu’en pensez-vous ? Comment vous situez-vous ?
Je ne crois pas qu’il existe de division entre culture et politique. La culture est politique, sous peine de n’être que décorative, dont on peut donc se passer (c’est ce qu’ont toujours pensé les fascistes en tout temps et en tout lieu). Il est donc important que quelqu’un dise au Salon du Livre, où l’Italie est l’invité d’honneur, que son gouvernement actuel ne fait pas honneur à l’Italie.

VINCENZO CONSOLO
Né en 1933 en Sicile, Vincenzo Consolo vit à Milan. Le sourire du marin inconnu le consacra, il y a maintenant 20 ans, comme l’un des plus grands écrivains italiens de son époque. En 1994, l’Union latine lui a octroyé le Prix international de littératures romanes pour l’ensemble de son oeuvre.

Bibliographie
Lunaria (1985), Promeneur, 1988
Le Retable (1987), Promeneur, 1988
La Blessure d’avril (1963), Promeneur, 1990
Les Pierres de Pantalica (1988), Promeneur, 1990
Le sourire du marin inconnu (1976), Grasset 1980 et coll. “Cahiers rouges”, 1990
D’une maison à l’autre la nuit durant (1992), Gallimard, 1994 (Prix Strega)
Ruine immortelle (L’olivo e l’olivastro, 1985), Seuil, 1996
Le palmier de Palerme (1998), Seuil, 2000

sabato 21 gennaio 2012, di Patrizia Molteni