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Entretien avec Attilio Maggiulli

Nous publions ici des extraits d’un entretien avec Attilio Maggiulli , paru en 2008 dans Focus Magazine, aujourd’hui d’une actualité surprenante.

Je suis allé à la rencontre d’Attilio Maggiulli, metteur en scène, et d’Hélène Lestrade, comédienne de la troupe, co-fondateurs il y a 25 ans de ce miracle à l’italienne parisien. Pour faire vivre un théâtre à l’italienne dans un lieu permanent à Paris, il faut avoir été piqué par un virus. Le pire c’est qu’à les écouter parler de leur travail, Attilio Maggiulli et Hélène Lestrade deviennent contagieux. A mon arrivée ils sont en train, avec toute la troupe, de réparer les dégâts d’une inondation.

G.C. : J’imagine que vous ne pouvez pas me consacrer un moment pour Focus ?

Attilio : Au point où j’en suis, autant aller prendre un café et discuter un peu. Le Théâtre, c’est aussi cela, avec les problèmes du quotidien. Celui qui nous arrive aujourd’hui n’est pas le pire de notre carrière. On va tous s’y mettre et nous serons prêts pour la première. Tu sais, il y a quelques siècles, une troupe itinérante de comédiens bien qu’exténuée après un long voyage, parfois même sous la pluie et le ventre creux faute d’argent, devait monter les tréteaux, les planches, les toiles et finalement faire des cabrioles pour attirer un public de badauds. Bien qu’à «la Comédie Italienne» nous travaillons avec cet esprit de troupe, nous n’en sommes heureusement pas là et ce genre d’accident fait partie de la vie.

G.C. : Pourquoi avoir fait le choix de jouer principalement des pièces du XVIIe et XXVIIIe siècle ?

Hélène : Depuis 30 ans que nous existons et 25 ans rue de la Gaîté, notre répertoire a été très varié. Nous avons interprété beaucoup d’auteurs tels Machiavel, Malaparte, Dario Fo, Marivaux, Pasolini y compris des pièces écrites par Attilio, mais il est vrai que nous sommes régulièrement revenus à ce répertoire car il nous offre d’énormes possibilités de jeu et de création scénique qu’adore le public et que nous aimons aussi beaucoup.

Attilio : Le théatre à l’italienne, le travail de l’expression du corps et du masque, c’est ma formation. J’ai fait mes classes chez Lecoq et au Piccolo de Milan avec Giorgio Strehler et une longue période comme assistant de JeanPaul Roussillon à la Comédie Française. Ça laisse une empreinte indélébile. C’est grâce, ou à cause d’eux que «la Comédie Italienne» existe. Il est logique que nous perpétuions ce type de théâtre.
Personne n’est là pour témoigner comment jouaient les comédiens italiens de cette époque. Les textes disent qu’ils dérangeaient et amusaient beaucoup à la fois. A la fois amuseurs du peuple et des princes. Cet esprit me convenait parfaitement. Il s’est agi d’inventer, de moderniser un texte ou un canevas en conservant l’esprit à l’italienne.

GC : Comment expliquez-vous que le public français marche dans cet humour et ces trames thématiques classiques ?

Attilio : L’être humain change très peu ou pas dans le temps, si bien que les thèmes restent très actuels et les spectateurs s’y retrouvent. L’espace temps fait qu’ils perdent leur pudeur et acceptent d’en rire. D’une part les aventures et anecdotes qui se développent dans les canevas touchent le public car ils les ressentent et les associent à ce qui se passe dans l’actualité, d’autre part ils peuvent en rire librement car ce n’est pas réel puisque nous sommes comme au XVIIIe.
Il se dit qu’à la Comédie italienne nous faisons un spectacle riche. Si le public savait les tours de passe-passe en coulisses. C’est un théâtre d’artifices, du vrai théâtre à l’italienne. Jean Cocteau disait : «Les français sont des italiens tristes» alors nous leur apportons un peu le rire et les clins d’œil de leurs origines culturelles.

G.C. Pour les Italiens de Paris, vous êtes une institution. Quelles relations avez-vous avec les «promoteurs officiels» de la culture italienne ?

Attilio : Nous sommes un théâtre privé mais nous n’avons jamais été contre la possibilité de percevoir des aides financières ou une quelconque forme de subvention en provenance des institutions culturelles italiennes, à condition bien sûr de conserver notre liberté de mouvement. En fait nous nous sentons un peu ignorés d’eux. Alors que pour les italiens émigrés ou de passage et même pour les italo-américains tels Robert de Niro, ou encore Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York, nous sommes considérés comme des ambassadeurs de la culture italienne en France. Nombre d’intellectuels italiens de passage à Paris viennent au théâtre après avoir entendu parler de nous dans la presse. Des troupes entières de comédiens européens font le déplacement pour s’imprégner de ce style et nous voler de façon sympathique des trucs de jeux, ceci avant d’interpréter sur scène un Molière ou un Marivaux.

GC. : Vous n’êtes pas aidés du tout ?

Attilio : Si, la Ville de Paris et la Région Ile-de-France nous soutiennent un peu. Et n’oublions pas les spectateurs.

GC. : Y aurait-il la place pour un grand théâtre qui ne jouerait que des textes italiens ? Je pense à une salle type le Théâtre de l’Europe ex-Odéon.

Hélène : Pour le genre de théâtre que nous interprétons et qui est issu du théâtre de tréteaux, le contact avec le public est nécessaire. Nous jouons avec les gens de la salle comme le veut la tradition. C’est un travail de troupe, de contact et de complicité qui ne pourrait pas se faire dans une grande salle.

Attilio : Nous jouons une pièce durant un an parfois deux, et à chaque fois elle évolue. Nous lui laissons le temps de vivre. Des spectateurs viennent plusieurs fois et aiment découvrir cette évolution. C’est aussi cela le travail à l’italienne et notre relation avec le public. Dans une grande salle, en deux semaines le spectacle aurait épuisé tout le potentiel de spectateurs et n’aurait plus de raison d’exister. Nous ne sommes pas dans cet esprit-là. A «La Comédie italienne» la troupe vit avec la pièce durant une ou deux saisons, elle la fait évoluer, la réinvente en permanence même si la partition semble rigide. 

G.C. Pensez-vous que le public français, qui aime le cinéma italien moderne, la littérature italienne actuelle suivrait sur un théâtre italien contemporain ?

Attilio : En France, l’image de l’Italie c’est la comédie. C’est ce que les Français ont souvent étudié au lycée, à travers le théâtre du XVIIe et XVIIIe siècles. Si nous voulons produire du théâtre italien dans le cadre du théâtre privé, nous sommes un peu cantonnés au XVIIe et XVIIIe siècles et bien sûr le XIXe pour l’Opéra, quoique pour ce dernier cela commence aussi bien avant vers le XVIIe avec Monteverdi et le Bel Canto. Après, on saute à Luigi Pirandello et à Eduardo de Filippo. Les années 68-70, avec les succès de Dario Fo et de Pier Paolo Pasolini, auraient pu nous faire espérer un regain d’intérêt du public français pour le théâtre italien moderne mais ce fut un peu comme un soufflé qui s’est vite aplati. Aujourd’hui nous n’avons plus de dramaturges italiens assez connus en France par le grand public pour qu’un petit théâtre privé tel que le nôtre puisse produire une pièce contemporaine.

Hélène : Seul un théâtre entièrement subventionné pourrait le faire. Cela voudrait dire un désir politique de la part du gouvernement italien, de sa politique culturelle et de sa diffusion. Nous, à «La Comédie Italienne», bien que nous soyons considérés par tous, sauf par les instances officielles, comme des représentants de la culture italienne, ne sommes que des artistes professionnels qui aimons cet univers burlesque et baroque. Nous sommes heureux de l’image que nous transmettons de l’Italie, mais n’avons pas les moyens d’être plus que cela. La culture italienne officielle, c’est le rôle de l’Etat.

G.C. Comment voyez-vous votre futur ?

Attilio : C’est vaste le futur ! D’abord, continuer à nous amuser en donnant à notre public un travail de qualité. En plus de ce travail de création, et celui de directeur de théâtre, je me suis imposé une mission personnelle qui est de faire connaître «la comédie à l’italienne» afin que cette culture reste vivante. Je me déplace beaucoup en France et à l’étranger : USA, Russie, Pologne... pour donner des cours ou diriger des master class dans les cours de théâtre mais aussi dans les écoles primaires, secondaires ou les universités, sur les masques et le travail des comédiens jouant à l’italienne. Je ne suis mandaté par personne pour cela, je le fais vraiment par amour de ce métier et de cet art et aussi parce que je me dois de transmettre aux autres ce que mes maîtres m’ont légué.

Hélène : Le futur, c’est de faire vivre «la Comédie italienne». J’assiste Attilio à la gestion du théâtre, c’est un énorme travail. Je donne aussi des cours de temps à autre. Mais étant donné que je joue tous les jours à «la Comédie Italienne» dans des personnages qui demandent un énorme effort physique et de concentration pour qu’ils vivent efficacement sur scène, je suis astreinte à un entraînement permanent de chant, de danse, de gymnastique qui ne laisse pas beaucoup de temps pour autre chose.

martedì 18 febbraio 2014, di Gianni Corvi