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Georges Valbon : constructeur d’espoir

Georges ValbonJe rencontre Catherine, sa femme, et Robert, un de ses cinq enfants à la cérémonie du Parc de La Courneuve qui depuis le 9 janvier porte le nom de “Georges-Valbon”. Madame Valbon découvre la plaque et ajoute, non sans une certaine fierté, à la présentation de l’actuel président du Conseil général de la Seine Saint-Denis, Claude Bartolone (lui aussi d’origine italienne) : « le parc de la Fête de l’Humanité ».
Robert, lui, fait un hommage en duo avec sa sœur, qui lit des textes d’amis, de familiers et de compagnons de route. Il commence en citant le titre d’un film “Tout le monde n’as pas eu la chance d’avoir des parents communistes”. L’hommage à l’homme décédé le 18 juillet dernier se termine avec un spectacle poético-rap d’un artiste de Bobigny, D’ de Kabal. Et voilà la vie de ce valdôtain et ses valeurs réunies en cette matinée et toutes mes craintes d’ennui et de tristesse que ce genre de commémoration m’inspire, dissipées en quelques secondes.
Son père, Pie-Julien, ramoneur enfant puis ouvrier métallo, est né à Blave en Val d’Aoste, où il a contribué à organiser le parti communiste. À l’arrivée de Mussolini au pouvoir, Julien vient en France où il épouse Cécile et a deux enfants, Georges et Robert qui resteront unis et complices jusqu’à la mort prématurée de ce dernier, en 1956. Pour le père, qui n’a pas cédé aux chantages de la préfecture, il va falloir attendre jusqu’en 1945 pour la naturalisation. Le fils, Georges, premier au Certificat d’études, a dû obtenir une dispense spéciale pour être admis à l’examen en tant qu’“étranger”.
Les deux frères prendront les armes pendant la Résistance. Georges, à peine 20 ans, typographe, commence sa vie “active” en imprimant des tracts clandestins. Il deviendra lieutenant FTP (Francs Tireurs et Partisans) et dirigera la libération de Montreuil, Romainville, Bagnolet, Les Lilas… En 1947, il est élu conseiller municipal à Bagnolet et, à partir de 1958, conseiller général de la Seine puis conseiller municipal à Bobigny, chargé de l’urbanisme, avant d’en devenir le Maire en 1965. “À l’époque c’était un bourg, il n’y avait rien, des maisons insalubres, pas de système d’égouts, pas d’équipements, rien…” disent Robert et Catherine. Valbon en fera la ville-préfecture de la toute nouvelle Seine Saint-Denis (créée en 1967).
Le tramway à Bobigny, une des batailles de Georges ValbonLes petits Valbon ont la “chance” d’aller à la crèche municipale, d’être suivis par la PMI départementale, qui lance les premières campagnes de prévention bucco-dentaire, de pouvoir aller chez le dentiste, l’ORL, le gastro-entérologue dans les centres de santé de la ville, sans devoir payer à l’acte, de fréquenter les centres de loisirs, les bibliothèques, les colonies de vacances et ensuite la maison du peuple ou la MC 93, d’aller au conservatoire : tout comme des milliers d’enfants, de jeunes, d’adultes de la ville. Parce que c’était ça l’objectif de Georges Valbon, qui n’a jamais oublié d’où il venait : ce n’est pas parce qu’on est né pauvre qu’on ne doit pas avoir accès au meilleur. « Notre ville devra être dans la vie, les gens devront pouvoir y vivre normalement et non pas d’une façon inhumaine comme cela arrive si souvent », disait-il. Pour les logements, ainsi que pour tous les équipements sociaux, il fera appel aux plus grands architectes qui travailleront pour les premières HLM de Bobigny. La santé aussi, avec les dispensaires et l’action élaborée avec le Pr Papiernik en matière de périnatalité, qui a permis d’assurer un haut niveau de sécurité à la naissance dans toutes les maternités privées ou publiques, les meilleures en France, voire en Europe. Il a mené une bataille farouche pour le métro (arrivé en 1985 à Bobigny) et le tramway (1992).
Avec le développement du parc de La Courneuve, il fera passer la surface d’espace vert par habitant du département de 1m2 à 11m2, et permettra d’accueillir la Fête de l’Humanité, le journal avec lequel son père, Julien, avait appris à lire. Un projet qu’il a finalisé après 30 ans de batailles et qui va s’ajouter au parc de la Bergère à Bobigny et au parc de la Saussaie, tous réalisés grâce à sa ténacité.
En 1967, Georges Valbon est élu président du Conseil général et le restera jusqu’en 1993, avec une brève interruption (82-85). Président des Charbonnages de France de 81 à 83, il fit preuve d’un courage politique exceptionnel, et quitta ce poste parce qu’il était en désaccord avec le “tournant de la rigueur” du gouvernement où figuraient 4 ministres communistes.
Le “9-3” est tristement connu pour les émeutes de 2005. Valbon, toute sa vie, a essayé et réussi à créer une image du 93 qui ne soit pas celle « de l’échec mais celle de l’espoir, de la solidarité, de la réussite, de l’envie et de la fierté », devait dire un autre de ses fils, Antoine, lors de l’hommage du 5 septembre à Bobigny. À cette époque rebelle, en 2005, il avait 81 ans et faisant preuve de toujours autant d’avant garde face à la société, il écrivit : « le cri lancé par les jeunes, n’est pas : un autre monde est possible, mais un autre monde est indispensable ».
Extrêmement cultivé, grand lecteur et amateur de livres (peut-être grâce à son métier de typographe), entre autres d’Histoire (« on ne peut pas développer le présent sans l’histoire », disait-il), mélomane (amateur de musique classique et de jazz), peintre lorsqu’il avait le temps, il était ouvert à tout. Chez les Valbon les murs sont littéralement couverts de livres, en bonne place une reproduction de la Bible de Mazarine (comme celle qu’il avait dans son bureau de Président du Conseil général) que Robert feuillette religieusement, un souvenir de son père qui avait un grand respect pour le curé local et la liberté de pensée en général, puis les tableaux, les siens mais aussi ceux de maîtres qu’il a côtoyés et encouragés.
Mise à part sa curiosité naturelle, il doit beaucoup de sa culture à Catherine Aillaud, sa deuxième épouse. Ingénieur et issue d’un autre milieu social, elle a partagé très activement toutes ses luttes : à la Fête de l’Huma c’étaient les cadres comme elle qui faisaient les boulots les plus humbles, s’est toujours amusé leur fils Robert (la vente des cartes postales, l’entretien des toilettes…).
Chez eux, ils recevaient beaucoup, des artistes, des intellectuels, des responsables politiques, etc.
Georges Valbon en Vallée d'AosteIl aimait aussi beaucoup la nature, que ce soit la montagne, la campagne ou la mer, laquelle lui donnait une sensation de plénitude, de liberté et de risque. Vers la fin de sa vie, il s’était mis à la récolte du miel avec des ruches qu’il avait installées à la campagne.
Sans oublier, le côté “bon vivant” : la bouffe, les bons alcools, les cigares ; il avait créé avec deux autres Georges (Marchais et Séguy) la “CGT bis”, les “Compagnons de la Gâchette Truculente”.
Tolérant et ouvert en somme, sauf avec ses enfants, dit Robert : il a toujours insisté sur le travail, la politesse, la façon de vivre, « il y avait des jeunes militants qui venaient chez nous et il les écoutait avec un esprit très ouvert, pour nous c’était moins le cas ». Il garde le souvenir d’un homme d’une droiture exceptionnelle et incorruptible.
Et le côté valdôtain ? je demande. « Il était très attaché à la Vallée et à ses racines », répond son épouse. « Peut-être la place de l’homme, le côté nature » ajoute Robert. La première fois que Valbon est retourné en Val d’Aoste, c’était en 1963. Son père n’y retournera qu’une brève et unique fois. Georges Valbon avait hérité de la maison de son oncle à Nus. La réponse à ma question sur son “côté valdôtain”, je l’ai aussi d’Aldo Saluard, Président de l’Union Valdôtaine de Paris (voir article p. 38) : « les Valdôtains sont des montagnards, avec les pieds sur terre, têtus, durs à la souffrance et au travail, avec une fierté innée mais aussi une grande discrétion. Ils sont aussi très créatifs et ont toujours envie d’entreprendre, de faire, de bâtir quelque chose ». Une description qui correspond parfaitement à ce grand personnage qu’était Georges Valbon.

samedi 3 avril 2010, par Patrizia Molteni