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Grexit ou Europexit ?

La crise grèque révèle les impasses de l’Europe qui concernent autant l’Italie que la France


Vous avez été pendant ces 6 derniers mois abreuvés de chiffres, souvent hermétiques, contradictoires et vertigineux.
Je vais donc tenter d’en utiliser le moins possible et surtout de les rendre intelligibles.
Première certitude au moment ou j’écris ces lignes, la Grèce va pendant longtemps subir la pire cure d’austérité qu’un pays européen n’a subit depuis la seconde guerre mondiale.
Deuxième certitude, l’Europe a donné au monde l’image d’une structure arc-boutée sur les sacro-saints principes du libéralisme.
Romano Prodi ne dit pas autre chose lorsqu’il déclare : “Abbiamo evitato il peggio, ma non ilmale" et poursuivant “dopo il caso greco diventerà sempre più difficile elaborare una politica comune fondata su un equilibrato compromesso fra gli interessi dei diversi stati. L’Europa era nata come una Unione di minoranze, nella quale ogni cittadino entrava con pari dignità e pari diritti” et conclut sous forme d’avertissement “ha quindi protetto l’euro, ma lo ha fatto ipotecando il proprio futuro. Respiriamo pure perché per ora l’euro è salvo, ma rendiamoci conto che, continuando così, si finisce male”.
Per ora l’euro è salvo, la précision est d’importance. Oui, fin juillet 2015, la zone euro existe. Mais qu’en sera-t-il demain ? De nombreux économistes de tous bords sont pour le moins perplexes face aux conditions imposées (loin du compromis équilibré dont parle Romano Prodi) à la Grèce pour obtenir le soutien de l’Union. "Un objectif délirant surtout quand on sait que la Grèce est en récession depuis 2014", avertit l’économiste Diego Iscaro, cité par Le Monde.
Pour Joseph Stiglitz, ce nouveau plan de rigueur démontre même que la "troïka" n’a rien appris de ses erreurs. Le prix Nobel d’économie estime ainsi que l’histoire va se répéter. “Tout l’argent, qui devait revenir au peuple grec, est revenu aux banques allemandes et françaises. Ce n’était pas un plan de sauvetage pour la Grèce mais pour les banques européennes”, explique-t-il dans une interview à Al Jazeera. Et à Joseph Stiglitz de conclure : “Demander plus à la Grèce tient de l’inconscience”. Un avis partagé par Paul Krugman. Dans une tribune au New York Times, l’économiste soutient que les nouveaux objectifs fixés par la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international vont priver le pays de rentrées fiscales, qui plomberont davantage son économie.

Mais pourquoi en sommes-nous là ?

Pourquoi la dernière décennie a-t-elle été marquée par une succession de crises liées aux dettes des états ? Pour tenter de comprendre il faut remonter le temps. Revenons à l’année 2005 et le fameux traité de Maastricht. Son article 104 - devenu l’article 123 du Traité de Lisbonne - stipule que les Etats membres de la Communauté européenne n’ont plus le droit d’emprunter auprès de leur banque centrale, mais sont dans l’obligation d’emprunter auprès de banques privées. En clair l’Italie ne peut plus emprunter à la Banca d’Italia mais doit lever des fonds auprès d’organismes privés qui, n’étant pas philanthropes, exigent des intérêts qui viennent alourdir la dite dette.
Ces intérêts sont libres et sont fixés sur les marchés par la loi de l’offre et de la demande. Ainsi un pays en crise voit ses taux s’envoler comme ce fut la cas pour l’Italie il y a peu, ses emprunts à 10 ans frôlant les 15% en 2011 et 2012, tandis que ceux de la Grèce ont atteint les 29% (source : france-inflation.com).
Mais là où ma raison vacille c’est quand j’entend Mario Draghi, président de la BCE, se vanter de mettre à disposition des banques des liquidités à taux 0, voire depuis début 2015 à - 0,019% (Euribor à 3 mois au 15 juillet 2015).
Ainsi une banque prête à 13% à l’Italie ou à 29% à la Grèce de l’argent que lui offre la BCE. Le bon sens serait de revenir à la situation antérieure et de redonner le droit aux banques centrales de financer les déficits nationaux. Prenons l’exemple d’un pays, la France, qui accède aux crédit à des taux inférieur à 3 %, le remboursement des seuls intérêts de sa dette, dans la loi de finances 2013, s’élève à 56,14 milliards d’euros en crédits de paiement, soit 14,19% du budget de l’État. Le paiement des intérêts de la dette représente ainsi aujourd’hui le troisième poste de dépenses de l’État Français. Imaginez l’Italie et ses taux 3 fois plus élevés sans parler de la Grèce et ses taux à 29 % !

‘’Les êtres humains ne doivent pas être au service de l’argent”

C’est en ces mots que le Pape François s’est exprimé lors de son voyage en Amérique latine. Il a poursuivi “Cette économie tue ! Cette économie détruit ! Elle détruit la Terre- Mère.” Et ajouté : “Quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique, cela ruine la société, condamne l’homme, le transforme en esclave”.
Ce message papal éclaire ce que nous vivons en Europe. L’austérité frappe partout, les retraites ont été rabotées en Italie comme en France et la crise grecque a révélé le pot aux roses : le recul de l’âge de départ à 67 ans est un objectif de l’Eurozone.

Les rues de Rome comme de Paris s’emplissent de sans logis, sans travail, sans rien.
Et dans le même temps Maserati double ses ventes et est obligée d’embaucher. Oui le Pape François à raison de poser ainsi le problème. Les progrès scientifiques et techniques de ces 30 dernières années permettent des gains de productivité supérieurs à ceux observer sur le siècle précédent. Une question se pose, qui en profite ? Dans les années 50 après deux guerres mondiales des progrès comme les congés payés, la retraite, la sécurité sociale, entres autre ont vu le jours dans la plupart des pays d’Europe.
Des chiffres donnent des indices. Par exemple, les 10 plus grandes fortunes de France rassemblent au total 195 milliards d’euros (60,6% de la dette grecque).
En 2014, les dix plus riches de France possédaient 141,5 milliards d’euros, leur fortune a donc augmenté de 53,5 milliards d’euros depuis l’année dernière (classement Challenges 2014), soit en moyenne plus de 5 milliards d’euros d’augmentation par membre du top 10. Concrètement, une augmentation annuelle de 5 milliards d’euros représente un « salaire » net de 417 000 000 d’euros par mois (soit 285 874 fois le smic) pendant un an.
Cela représente une hausse des fortunes de 38% en un an. En comparaison, le PIB de la France n’a augmenté que de 0,2 % en 2014 et le smic de 0,8 % sur cette même période, passant de 1 445,38 € au 1er janvier 2014 à 1 457,52 € au 1er janvier 2015. Des chiffres qui laissent penseurs en cette période de crise pour les ménages.

"Ce n’est pas une utopie.”

Mettre l’Humain d’abord proclamait Mélenchon à la dernière présidentielle. Et pourquoi pas semble répondre le Pape François dans un message d’espoir, où il a assuré qu’une nouvelle économie est possible. “Ce n’est pas une utopie. Les ressources disponibles dans le monde sont plus que suffisantes pour le développement intégral de l’Homme”.

mardi 4 août 2015, par Guy Estager