FOCUS IN - Chi siamo
RICERCA
Une N° 23 Un N° 22 Une N° 21 Une N°20 Une N° 19 Une N° 18 Une N° 17 Une N° 16 Une N° 15 Une 14 Une N° 13 Une N° 12

Home > Cultura > Cinema > L’Italie: son cinéma, son antimafia

L’Italie: son cinéma, son antimafia

Une lecture antimafieuse de "Une vie Tranquille" et d’autres films récents.

Le 29ème festival du cinéma italien d’Annecy a primé des films délicieux, tous avec de très fortes dimensions sociales. Dans «Sette opere di misericordia» et «Sulla strada di casa», les protagonistes luttent pour la survie : un entrepreneur fait même la mule pour une organisation criminelle... Annecy a mis les documentaires à l’honneur avec «Il valzer dello zecchino» qui raconte la participation de trois enfants de différentes origines sociales et géographiques à un célèbre concours de chansons. Dans «Italia : love it or leave it», premier prix du jury jeune, deux Italiens sont contraints de quitter leur appartement romain. Pourquoi ne pas tenter l’aventure à l’étranger ? Partir ou rester ? Une question qu’ont du se poser nombre de lecteurs de ce papier... « Scuola di uomini » de Tommaso Cotronei n’a pas été récompensé, mais il a reçu une ovation du jury pour avoir filmé dans une Calabre abandonnée des dieux, le quotidien répétitif des enfants qui grandissent à la ferme.
On a pu voir aussi «Il gioiellino» sur le crack Parmalat avec Tony Servillo, brillant de justesse, mais c’est «Tatanka» qui a séduit le grand public. Le film, vif et haut en couleurs, charge littéralement le spectateur, tel un bison, avec ce boxeur qui n’arrive pas à sortir de son milieu empli de Camorra... Après «Gomorra» ou «Fortapasc’», la mafia napolitaine serait encore source d’inspiration du cinéma italien.
Annecy cinéma proposait également «Une vie tranquille» de Bellisima film, qui n’est pas à proprement parler un film sur la mafia mais sur les contradictions qui animent la vie des hommes ou sur la difficile relation père-fils. Rosario est un ancien mafieux qui pense avoir sauvé sa peau il y a 20 ans en abandonnant le clan mais aussi sa femme et son enfant. La culpabilité le hante ? Rosario l’ancien tueur est devenu, en Allemagne cette fois, un bon père de famille, un patron et un mari. C’est alors que débarque Diego, le fils abandonné. Élevé par le clan (la mafia c’est le Père, stable et durable), Diego est pétri de violence mafieuse mais il demeure très immature. Il défie son père pour trouver grâce à ses yeux, mais tente aussi de détruire le seul lien qui les unit.
«Une vie tranquille» n’est pas un film sur la mafia sauf que Diego et son acolyte sont venus «buter» un directeur d’usine allemand qui vient de signer un contrat pour incinérer des déchets napolitains (qui, en général, sont des déchets industriels du Nord de l’Italie, voir de l’Europe). En réalité, chaque scène est un outil pour décoder les pouvoirs mafieux : violence systémique, consensus social, accumulation de capital... Dans une scène, Rosario, pour construire une véranda, tente de faire mourir des arbres que la loi protège en leur enfonçant des clous : une métaphore de balles dans le corps d’un homme ?
Ce film aurait pu s’appeler «le choix de Rosario». A contrario de Sophie, Rosario fait des mauvais choix parce que la situation est biaisée à l’origine. Il ne suffit pas de quitter Caserte et d’habiter une station thermale pour être débarrassé de son passé mafieux. Rosario le latitante, l’ex mafieux, n’est en réalité jamais sorti du « système ». Quand son deuxième fils est enlevé, il refuse de faire appel aux autorités. Pour sortir de la mafia, la fuite ne suffit pas : il faut devenir un collaborateur de justice. Même pas un «repenti», mais un citoyen. Depuis 1991, l’Italie est un des seuls pays au monde à permettre le retour des criminels professionnels à l’état de droit.
Accompagnant ce très beau film pendant le festival, mafias.fr a abordé ces thèmes face à un public conquis et a communié à Reignier avec cinébus (cinéma itinérant), avec le très esthétique cinéma Rouge-Noir de Saint Julien et avec le Parnal à Thorens les Glières, haut lieu de résistance.
Le cinéma italien, à l’image de sa société civile semble en résistance contre ce monde si riche et si injuste.

Fabrice Rizzoli est le responsable de FLARE (Freedom, Legality and Rights in Europe), antenne européenne de l’association anti-mafia «Libera».


Vedi on line : Le blog de Flare France

domenica 4 dicembre 2011, di Fabrice Rizzoli