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L’hommage de Jean-Claude Baumerder au cinéma italien

De l’écriture à la réalisation, de la direction de production à la production, de la fiction au documentaire, du film commercial au clip, un globe trotter du cinéma.

L’aventure de « Il futuro » est une très longue histoire.
Je vais avoir 60 ans. J’ai eu le goût, le désir du cinéma il y a plus de 40 ans, dans les années 70. Je me suis très vite laissé embarquer par le cinéma italien de ces années là. Autour de mes 14 ans, je n’avais qu’une idée  : c’était de me rapprocher du cinéma italien qui était à l’époque, pour moi, le cinéma par définition.
J’ai été tout le temps immergé par ça, même à travers des films français comme « L’aventure, c’est l’aventure » de Claude Lelouch, qui est un film tellement italien.
Vers l’âge de 19 ans, je suis parti une dizaine de jours en vacances à Rome, avec un de mes meilleurs amis de l’époque, dans le but d’aller à Cinecittà qui était alors inaccessible au public. On avait loué des petites Vespa. On a tourné autour de Cinecittà pour essayer d’entrer quand même dans ce temple absolument mythique pour nous.
J’en ai un souvenir absolument cinématographique parce que je suis allé là bas avec une belle caméra dans la sacoche du scooter. Arrivés à la moitié de la Via Appia Antica, on a voulu filmer mais il n’y avait plus de caméra. Elle était en pièces détachées.
Par la suite, j’ai parcouru le cinéma par diverses voies variées, parfois belles, parfois moins intéressantes : courts métrages, assistanats, etc. J’ai produit surtout des documentaires et j’en produis toujours.
Il y a environ deux ans et demi, je tombe sur le livre des mémoires de Dino Risi, Mes monstres, I miei mostri. Bien entendu, je le dévore et je tombe sur la traduction française de ce petit texte qui s’intitule « Je ne pensais pas que le futur allait arriver aussi vite ». Ces quelques lignes tournent dans ma tête et je me dis « Tiens, ça c’est marrant. Ça ferait un chouette court métrage ».
Réaliser, c’est quand même mon essence, mon moteur. Faire ce film, c’était presque une réponse à une attente de 40 ans. C’était devenu tout d’un coup comme un vœu pieu. Il fallait que je le fasse sans concession car je voulais avoir des moyens techniques à la hauteur et une équipe solide, pas tourner caméra au poing à un coin de rue.
On parle toujours des marches que l’on grimpe. J’ai tout simplement l’impression d’avoir oublié de gravir la première marche et que celle-ci devait être en Italie, à Rome.

La “vie difficile” de l’auteur

J’avais besoin de mon trio de base : Hervé Schneid, le monteur de Jean-Pierre Jeunet, Stéphane Gluck, l’assistant réalisateur de Luc Besson, et Michel Benjamin, le chef opérateur de Jacques Perrin. Ces trois amis là m’ont tout de suite dit : « on commence quand ? ». Voilà comment ça a démarré.
J’ai contacté Marco Risi, le fils de Dino Risi, afin d’obtenir les droits. J’ai rencontré tous les gens qui pouvaient me soutenir, m’aider, me conseiller, me donner des idées. Ça a été très long.
Puis j’ai commencé à travailler sur l’adaptation de l’histoire. C’est un texte magnifique, assez "drôle", émouvant surtout. À travers ce texte, il y a tout le cinéma italien, je trouve toute la vie italienne, tout un tas de choses. Je me suis demandé : « Alors, mon histoire, c’est quoi ? ». Ça a commencé avec « Le voleur de bicyclette », de Vittorio De Sica, qui m’est venu tout de suite à l’esprit. En commençant à l’écrire, j’ai pensé : « Tiens, ça serait marrant. Sur la petite place, il y a un type qui se balade. On fait un hommage au cinéma italien à travers ça. ». Et, de fil en aiguille, je me suis dit que ce serait amusant d’ajouter des petites touches comme ça, en hommage à certains films.
À force de voir des films et des films italiens, j’en n’ai trouvé qu’un film de ces fameuses comédies là. Et les tous premiers films qui m’avaient bouleversé sont « Les Garçons », « La notte brava » de Mauro Bolognini et « Une Vie difficile », « Una vita difficile » de Dino Risi. Celui-ci, en particulier, m’a vraiment bousculé, je l’avais même intégré dans un stage d’écriture parce que son scenario, absolument sublime, est écrit comme de la dentelle.
J’ai contacté aussi Jean Gili, qui est Délégué général du festival du cinéma italien d’Annecy où a été projeté cette année « Le futur ». Je lui ai demandé des conseils, ce qu’il pensait de l’écriture, sur tel ou tel hommage. Il m’a corrigé des fautes. Quand j’ai envoyé le scenario à Marco Risi, il m’a dit : « ce film est exactement à l’image de mon père ».

Amour à la ville, repérages à Rome

J’avais besoin d’un « pied à terre » de production à Rome. En septembre 2014 j’ai rencontré le producteur Giovanni Pompili de Kino Produzioni. J’ai arpenté les rues de Rome pendant trois jours et trois nuits avec une amie de ma fille, Paolina, qui est production manager et qui a vécu à Rome pendant 20 ans, à la recherche de la place idéale.

Elle m’a montré la fontaine des Tortues et je suis tombé en arrêt. C’est la même fontaine que l’on aperçoit dans le film « Amen » de Costa-Gavras. Elle se situe dans le quartier du Ghetto où a eu lieu la déportation des juifs en 1943.
Ce film m’a coûté cher pour la seule et unique raison que j’ai voulu le tourner à Rome, sur une place avec une petite fontaine et des jolies maisons autour.
Ensuite, on avait repéré la cour du palazzo Caetani, que j’avais trouvé complètement par hasard, en me baladant dans la rue. C’étaient les deux décors que je voulais.

Parfum de femme

Le casting le plus compliqué était celui de la jeune femme, parce qu’il fallait qu’elle soit absolument superbe. J’ai vu très vite Florence Coste. Elle est extraordinaire. J’ai été aidé par mon épouse, Nathanièle Esther, qui a été directrice de casting. Quand Marco a vu les photos du casting, il a dit « mon père aurait beaucoup aimé cette femme ».

Ça a été très long pour savoir qui pouvait interpréter le personnage de Dino Risi. Quel personnage peut rendre le plus hommage à ce cinéma là ? Très vite, s’est imposé à moi le personnage de Jacques Perrin que j’avais découvert dans le film « La Fille à la valise », « La ragazza con la valigia » de Valerio Zurlini. Jacques fait partie de ce cinéma là. Je lui ai parlé trois minutes du film et on a parlé pendant deux heures du cinéma italien. Il me racontait une scène, moi une autre, lui une autre scène.

A un moment donné, il est parti en délire pendant dix minutes sur « oh. so contento », qui est le mot de la fin du film « Les Monstres », histoire extraordinaire de deux boxeurs. Ce film est d’une grande actualité.
A Rome, lorsque je vais à l’appartement loué, la femme me regarde et me dit : « Vous venez pour tourner un film, il paraît, ici, à Rome ? ». Je lui explique : « Oui. C’est une adaptation. C’est un film en hommage au cinéma italien. C’est un texte de Dino Risi ». Pause. « Je suis la belle fille de Dino, j’étais sa scripte jusqu’à la fin de sa vie, à partir de "Parfum de femme" », « Profumo di donna ». C’était Carla Giarè ! Elle m’a raconté un tas de choses. On a sympathisé vraiment après. Puis elle me présente sa fille en disant « Regarde. Le profil, comme ça, le menton, les yeux, c’est Dino ».
Il fallait absolument qu’elle soit dans le film ! C’est l’hommage absolu que je peux rendre à son grand-père. J’ai réfléchi et j’ai trouvé l’idée qu’elle croise la caméra en sortant par la grille d’un porche. Elle ne voulait pas. Elle a tourné de nuit. Ce n’était pas facile. Elle a failli partir sur le tournage parce qu’elle travaille comme une dingue. Elle est créatrice de mode, styliste, très sympathique.
J’ai intitulé mon film « le futur »... « Il futuro ».
Voilà, le futur de Dino Risi, c’est elle, Livia Risi !

lundi 28 novembre 2016, par Debora Nisti