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Mafia entre légalité et illegalité

Les activités des associations anti-mafia en France se sont accélérées dans le premier semestre de cette année, avec un « clou » en juin à l’occasion de « la conférence du siècle », « Mafia entre illégalité et légalité ». En attendant le programme, sûrement très riche de ce dernier trimestre, Fabrice Rizzoli, responsable de Flare, nous fait un panorama de ce débat qui est en train de sortir des frontières italiennes.
Ce colloque était organisé par l’Observatoire Géopolitique des Criminalités et FLARE (Freedom Legality And Right in Europe) qui milite pour les droits fondamentaux contre le crime organisé en Europe ; la principale menace pour l’ordre mondial d’après l’ONU. Grâce au travail des multiples partenaires, Libera, Grasco, Sherpa, Transparence, Focus in... 120 personnes sont venues au Palais du Luxembourg.
La criminalité organisée infiltre l’économie légale ; c’est acquis. Mais le colloque proposait de renverser le paradigme : n’est-ce pas la sphère légale qui produit de la criminalité ? Les plus grands spécialistes ont montré comment certaines reformes institutionnelles peuvent favoriser le phénomène mafieux. Le docteur Muti a présenté les écomafias, ces activités criminelles qui altèrent l’environnement, comme le fruit de la mondialisation. Jean de Maillard a démontré comment l’économie financiarisée, une véritable arnaque mondiale, produisait de la «criminalité sans criminels». Le président de l’Observatoire de la criminalité organisée en Suisse a décrit une économie réelle qui faisait fit quotidiennement de la frontière « légal-illégal ». Mais ce fut sans conteste l’intervention sur les drogues qui provoqua le plus de débat. En effet, 100 ans de prohibition du commerce des drogues (autorisé auparavant) n’ont-il pas enrichi de manière exponentielle les organisations criminelles ?
Mais l’objet de cette rencontre était de proposer des solutions. Mario Vaudano a défendu une magistrature indépendante à l’italienne (à contrario de la France où les procureurs sont nommés en conseil des ministres) incarnée au niveau européen par l’OLAF. Il ne s’agit pas d’une institution scandinave comme son nom le laisserait à penser mais de l’Office de Lutte Anti Fraude pour l’Union.
Puis, les experts italiens, le magistrat Antonio Maruccia et le professeur Costamagna, ont défendu la loi italienne de restitution des biens saisis au crime organisé. Il s’agit d’une loi amorcée par la société civile après un référendum organisé par Libera qui a obtenu 1 million de signatures : une loi italienne unique au monde que l’Europe demande aux Etats membres de mettre en application dans le cadre du protocole de Stockholm.
Après la Serbie, la France pourrait s’y mettre... Le problème est la France ne se sent pas concernée car tout le monde le sait, en France : la mafia n’existe pas...
Et pourtant : 30 meurtres par an en Corse pour 300 000 habitants est un taux supérieur à celui de la Sicile. En France, on s’entretue à la Kalachnikov dans les quartiers populaires. Les rétro-commissions sur les ventes d’armes hantent la conscience hexagonale. L’impunité règne en matière d’infraction politico-financière ; en pour cause, les procureurs peuvent appliquer l’opportunité des poursuites (contre l’obligation de l’action pénale en vigueur en Italie). En France, une loi de confiscation-restitution contre tous les types de kleptocrates pourraient permettre d’édifier des centres culturels, des écoles de la deuxième chance, des centres d’accueil pour les migrants ou des centres de soin pour les toxicomanes ! Pour qu’une une fois, le crime ne paie pas.
Et comme cette loi n’est que de la théorie, les participants aux colloques ont déjeuné antimafia grâce Ethicando qui distribue les produits de Libera terra en France. Au menu, pâte et vin produits sur des terres confisquées aux mafias italiennes en présence des journalistes de France Inter. Il ne manquait que le fromage corse fabriqué sur des terres confisquées aux clans !

Pour en savoir plus: http://flarenetworkfrance.blogspot.com

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Scarpinato est le dernier juge survivant de la génération de Falcone e Borsellino. Il sera invité de Flare le 18 novembre à la Maison de l’Amérique Latine avant le lancement de son livre Le Retour du Prince, traduit en français par Anna Rizzello (déjà disponible en français : Le dernier des Juges - Ed La Contre Allée de Lille)

martedì 4 ottobre 2011, di Fabrice Rizzoli