FOCUS IN - Chi siamo
RICERCA
Une N° 23 Un N° 22 Une N° 21 Une N°20 Une N° 19 Une N° 18 Une N° 17 Une N° 16 Une N° 15 Une 14 Une N° 13 Une N° 12

Home > Cultura > Letteratura > Philippe Fusaro et le phantasme del l’Italie

Philippe Fusaro et le phantasme del l’Italie

Son dernier livre, “L’Italie si j’y suis”*, a été primé par le jury du prix littéraire Italie & co, présidé par Corrado Augias. Comme dans ses précédents romans, l’écrivain y visite la question des origines. Focus in l’a interviewé.

L’Italie qu’on perçoit dans “L’Italie si j’y suis” rappelle celle des années 70-80. D’où vient ta connaissance de l’Italie, ton “italianité” ?

Cette connaissance, je l’ai acquise au fil des voyages en Italie, au fil des longs séjours comme celui d’un an dans les Pouilles, à Lecce, où j’ai écrit Palermo solo*. L’italianité, en revanche, est “héréditaire”, elle est liée à mon père, un immigré italien venu de Corato, près de Bari, à la fin des années 50 ; elle est liée à la nonna, la mère de mon père, dont j’étais fou amoureux. Par la suite, j’ai étudié l’italien à l’université – mi sono laureato, comme on dit –, j’ai renoué avec une langue dont notre père voulait qu’on s’éloigne. Nous devions, moi et mes frères, être plus français que les Français. Au début, c’est donc une Italie que j’ai inventée contre celle de mon père, puis les choses se sont compliquées, rapprochées.

Le titre fait référence à l’expression “va voir là-bas si j’y suis”, façon de dire que si on est ici, on ne peut pas être “là-bas”. Est-ce que ça veut dire qu’en tant qu’Italien en France, on sera toujours un francesino? Qu’on ne peut pas être les deux à la fois ?

En tout cas, nous avons le fantasme de vouloir appartenir complètement à l’identité originelle, et lorsque nous y sommes, quand nous décidons de nous y immerger complètement, nous comprenons que la France nous manque, que nos amis nous manquent, certaines habitudes, certains goûts… Longtemps, je pensais que ma vie était en Italie. À présent, je sais que j’ai besoin de jongler avec la frontière, de passer de l’une à l’autre, j’ai besoin de rêver l’Italie avant tout, et c’est dans le déplacement, dans l’entre-deux que je suis bien.

Dans votre roman, la musique et les tenues vestimentaires (qui m’ont fait beaucoup rire) sont assez ringardes ; j’ajoute les rencontres improbables avec Donna Summer, la voiture décapotable à deux places… Je visualisais une Italie un peu à la Vittorio Gassman dans Le Fanfaron. Alors, l’Italie comme lieu de fiction (finzione, le faux-semblant, le paraître) ou comme lieu de la vérité, où Sandro se retrouve lui-même ?

La musique, les vêtements sont un décor, ils donnent une indication de temps au lecteur, et sont aussi le reflet des états d’âme des personnages. Ce sont les éléments d’une Italie de carte postale, un kitsch assumé comme l’assumait également Fellini avec les figures du cirque, du music-hall, les femmes opulentes qui étaient davantage le fruit de fantasmes que celui d’une réalité, sa passion pour les journaux populaires, etc. En ce qui concerne Donna Summer, elle n’a rien d’improbable puisque le tube cité dans le livre a été écrit et produit par Giorgio Moroder, l’inventeur de l’italo-disco qui a influencé énormément de DJ qui revendiquent cet héritage.
J_ e dois dire, sinon, que je n’ai pas encore tout compris de mon Italie. Sa carte se dessine de livre en livre et je souhaite un jour être plus précis pour répondre à cette question. Il s’agit d’une Italie rêvée, c’est sûr.

Le personnage de l’enfant, comme le père, vit dans un monde fictif, avec sa combinaison de cosmonaute et son casque de Youri Gagarine. L’Italie est-elle à découvrir, à conquérir comme la Lune? En fin de compte, la combinaison et le mythe de l’URSS sont-ils le lien avec le passé, le lien avec le nonno italien ?

Je viens d’une famille qui n’avait aucun engagement politique. Cette histoire du nonno, je l’invente complètement. Et Sandro et Marino, qui sont eux-mêmes des enfants d’immigré, ont ce besoin instinctif de passer la frontière, d’aller voir de l’autre côté si elle a un sens pour eux. Ce voyage, ils l’inventent chaque jour. Ils inventent leur relation père/fils, les rôles s’inversent aussi, ils inventent leur propre histoire et des liens qui les uniront vraiment. Je ne sais pas si je réponds bien à la question...

As-tu des livres en cours ?

C’est pour cela que je suis à Tanger, pour écrire un nouveau roman. J’aime à croire qu’il sera plus beau, plus fort, qu’il ne ressemblera pas aux autres. Je nage dedans…

* Edition La Fosse aux ours.

mercoledì 27 giugno 2012, di Patrizia Molteni